Gold Rush

(2 avis client)

« Dakota 1876, quelques semaines après la déroute de l’armée américaine sur le champ de bataille de Little Bighorn.

Avides de sang et de vengeance, les tuniques bleues poursuivent sans relâche les troupes rebelles de Crazy Horse et Sitting Bull.
Ni le froid, ni la pluie, ni la faim n’entravent la sombre détermination de leur général, le vétéran George Crook.

Début septembre, les sinistres collines des Black Hills lui offrent une opportunité de revanche.
Mais il se retrouvera confronté à un adversaire plus coriace qu’imaginé… et défiant tout entendement… »

10,00 

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Format

Nombre de pages

80

ISBN

978-2-37910-136-6

Couverture

John Coleman (sculpture, photographie)

Artiste

Sam Cornell

2 avis pour Gold Rush

  1. tom.larret

    En préambule, l’auteur suggère au lecteur la bande originale adéquate pour cette lecture. Si j’imagine sans peine que les rythmes d’Enio Morricone s’accordent à merveille avec l’ambiance qu’il pose, j’ai quant à moi opté pour une compil’ Aya Nakamura chante Bruel, par pur esprit de contradiction sens de la fête.

    C’est donc prête à me casser la voix (mais en catchana) que j’ai embarqué pour un éprouvant voyage dans les Black Hills de la fin du XIXe siècle.

    Le prélude nous précipite dans le récit avec l’efficacité et l’âpreté d’un coup de poing. Le narrateur, s’il est un témoin direct des événements, est d’ores et déjà installé dans les inconfortables cothurnes d’une Cassandre du Far West, spectateur impuissant comme orateur négligé. Alors, il regarde (et pas qu’un peu), mais allô allô, allô ? Il s’interroge au fil des pages, tâchant de recomposer les engrenages de l’explosion d’épouvante bestiale déjà latente ; et l’auteur parvient par là à poser le contexte économique et géopolitique de la novella, tout en évitant de pesants verbiages ou de filandreuses descriptions. Parce que faut pas écouter les bails noirs, mais faut que j’te l’dises quand même.

    Le décor lui-même mettra en garde les protagonistes, empêtrés dès leur départ dans une nature hostile déterminée à les engloutir corps et âmes : « Un étrange bruit de succion accompagnait chacun de nos pas sur ce limon infect qui ralentissait notre marche. » Leurs propres natures humaines, altérées de richesses, de racisme, de vengeance, les pousseront dans des affrontements dont l’horreur ne doit rien au surnaturel : « Dans son élan meurtrier [le boulet] emportait un bras ou arrachait une jambe, et laissait dans son sillage des corps démembrés, hurlant d’agonie avant d’expirer dans la boue. » À se demander qui a le droit, qui a le droit d’faire ça, dans le game ?

    Mais au-delà de la cupidité et la haine des plus banales, au-delà des embûches d’un environnement sauvage, une tension désincarnée imprègne le récit d’un narrateur à l’acuité exacerbée. Certes, il a le juice, mais comment ne pas perdre la tête, quand la menace se déguise d’abord sous des personnages croqués avec précision : « L’iris et la pupille de ses yeux se fondaient en un disque laiteux, non moins énigmatique que dérangeant » ? Puis elle s’intensifie en abjection comme en violence, à un rythme enlevé. N’en doutez pas, le point de rupture a été dépassé bien avant l’introduction; la frêle illusion d’équilibre qui vacillait dans les premières pages vole en éclats sur un crescendo d’épouvante, et on tchouffe, ça va pas mais pas, mais pas du tout.

    N’attendez pas de résolution ni de soulagement dans cette novella. Une fin abrupte dissout l’espérance et la foi en l’humanité « dans les brumes insondables des Black Hills ». Dans un cadre historique à l’atrocité avérée, affûtée par une irrationalité maléfique sans nom, ce Gold Rush réussit un beau doublé dans le monstrueux, servi par une plume fluide et un tempo haletant. Mais même si on est matrixés, on s’en fout, y’aura toujours des fous.

  2. scriiipt.contact

    Et puisqu’il fallait plonger, j’ai plongé dans Gold Rush… En préambule l’auteur conseille de mettre en fond sonore The Ecstasy of Gold, d’Ennio Morricone (BO du film The good, the Bad and the Ugly)… Je n’ai pas pu le faire durant ma lecture, mais je le fais ici pendant la rédaction de cette chronique.

    Le récit à la première personne commence fort, et on est très vite dans le bain et intrigué quant aux évènements que nous livre le narrateur. Quelque chose s’est visiblement mal passé pour ce soldat, métis indien, qui accompagnait les troupes du Général Crook.

    La première partie de cette novella mène le lecteur a redécouvrir l’histoire tragique de cette Ruée vers l’or de 1876 dans les Black Hills. On y sera horrifié, surpris, révolté. le récit m’a assez vite rappelé le film Little Big Man (d’Arthur Penn), une façon de raconter l’histoire, oscillant entre les souvenirs récents et d’autres plus anciens, plaçant le contexte. Contexte historique, glaçant et horrible…

    Mais de l’horreur bien réelle des Guerres Sioux, petit à petit on arrive à d’autres choses bien plus horribles encore, et cette fois ce n’est pas pour rien que l’on vous annonce quelque chose de lovecraftien. Inutile de vous en dire plus, à vous lecteur d’aller le découvrir.

    Pour revenir à mon avis personnel, autant sur le fond que sur la forme, j’ai passé un très bon moment à lire Gold Rush !

    C’est bien écrit, et le rythme qu’impose l’auteur, Sam Cornell, dans le récit est d’une efficacité redoutable. le plus incroyable, c’est que tout à la lecture de ce conte émaillé de suspense, on apprend des choses sur cette période de l’Histoire américaine, et c’est ni pompeux ni ennuyeux. Et il n’en reste pas moins qu’il y a à la fois de l’action et du frisson.

    Si j’avais juste quelques petits trucs à reprocher, ce serait que le narrateur s’exprime trop bien (mais c’est vrai qu’il y a une explication et une bonne raison à cela), et que Gold Rush se dévore trop vite…

    Avec Gold Rush, Sam Cornell vient ajouter une sacrée belle perle dans la collection des histoires d’inspirations lovecraftienne. Une fois qu’on a lu, il est difficile de l’oublier, j’ai bien l’impression qu’on tient là un futur grand classique.

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